Thérapie narrative : séparer la personne du problème pour ouvrir d’autres récits

Thérapie narrative : séparer la personne du problème pour ouvrir d’autres récits

La thérapie narrative aide à regarder autrement l’histoire qu’une personne raconte sur elle-même et sur ses difficultés. Au lieu de la réduire à son anxiété, à un deuil, à une dépendance ou à un conflit familial, elle distingue la personne du problème. Cette démarche fait ensuite émerger des expériences, des valeurs et des compétences parfois restées dans l’ombre.

Une approche du récit, de l’identité et des relations

La thérapie narrative part d’une idée simple : nous donnons du sens à notre vie à travers des récits. Ces récits ne sont pas de simples souvenirs mis bout à bout. Ils influencent ce que nous pensons possible, la manière dont nous comprenons nos réactions et la place que nous nous accordons dans nos relations.

Schéma pédagogique du processus de thérapie narrative, de l'externalisation du problème au récit alternatif
Schéma pédagogique du processus de thérapie narrative, de l'externalisation du problème au récit alternatif

Une histoire peut devenir dominante lorsqu’elle prend toute la place : « je rate tout », « je suis incapable de dire non », « mon anxiété décide de ma vie ». Elle peut s’appuyer sur des expériences réelles et douloureuses, tout en laissant dans l’ombre les moments où la personne a résisté, choisi, pris soin d’elle-même ou agi selon ses valeurs.

L’approche narrative s’inscrit dans la troisième vague des thérapies brèves. Elle considère que l’identité se construit dans le langage, les relations et les contextes culturels, historiques et sociaux. Les normes familiales, professionnelles ou sociales peuvent renforcer une histoire restrictive. Elles sont donc examinées comme des influences, plutôt que prises pour des vérités personnelles immuables.

Des origines australiennes et néo-zélandaises

La thérapie narrative s’est développée dans les années 1980, notamment à partir du travail de Michael White, travailleur social australien, et de David Epston, thérapeute néo-zélandais. D’abord proche de la thérapie familiale, leur démarche s’est ensuite diffusée dans différents cadres cliniques, sociaux et éducatifs.

En 1990, ils publient Narrative Means to Therapeutic Ends, un ouvrage qui formalise les principes de l’approche. Michael White a ensuite contribué à sa diffusion internationale, notamment lors d’une invitation en France en 2004. Les praticiens utilisent aussi les Cartes des pratiques narratives, qui proposent des repères pour structurer certaines conversations sans les transformer en protocole rigide.

Comment se déroule une démarche narrative ?

Il n’existe pas de séance type ni de nombre de rendez-vous standardisé. La démarche s’adapte à la situation, au rythme de la personne et au cadre de soin. Le thérapeute ne prétend pas détenir l’explication définitive. Il adopte une posture de curiosité, parfois appelée posture de non-savoir, et pose des questions qui ouvrent l’exploration.

Nommer le problème sans nommer la personne

Une étape centrale est l’externalisation du problème. Elle ne nie pas la souffrance et ne rend pas le problème irréel. Elle permet de ne plus confondre une personne avec ce qu’elle traverse. Ainsi, au lieu de dire « je suis anxieuse », la conversation peut explorer : « comment l’Anxiété s’invite-t-elle dans vos journées ? », « que vous fait-elle abandonner ? » et « à quels moments son influence diminue-t-elle ? ».

Ce changement de langage peut créer une marge de manœuvre. La personne n’est plus définie par le problème. Elle peut observer son influence, repérer ce qui l’alimente et identifier l’influence qu’elle exerce elle-même sur lui. Le problème devient alors un sujet d’exploration, non une définition de l’identité.

Déplier l’histoire et rechercher les exceptions

Le thérapeute aide ensuite à déconstruire le récit dominant. Il peut demander : « Depuis quand cette conclusion sur vous-même semble-t-elle s’imposer ? », « Qui ou quoi la renforce ? » ou « Quelles attentes sociales y sont peut-être associées ? ». Ces questions ne servent pas à imposer une interprétation. Elles rendent visibles les mécanismes qui ont donné à cette histoire une apparence d’évidence.

La conversation recherche aussi des exceptions. Il ne s’agit pas de prouver que « tout va bien », mais de repérer des instants précis où le problème n’a pas entièrement gouverné la situation. Une personne qui se dit isolée a peut-être envoyé un message important à une amie. Quelqu’un qui se juge sans courage a peut-être protégé un proche ou demandé de l’aide. Ces faits sont examinés en détail pour faire apparaître des intentions, des savoir-faire, des soutiens et des aspirations.

Les valeurs vécues dans des gestes concrets peuvent servir de points d’appui. La loyauté, le sens de la justice, l’attention aux autres, la persévérance ou la créativité ne sont pas de simples qualités à affirmer. Elles se repèrent dans des décisions, des relations et des actions précises. Cette exploration permet de construire un récit alternatif crédible, lié à l’expérience plutôt qu’à une formule positive plaquée.

Une relation collaborative, sans expertise imposée

La thérapie narrative reconnaît l’expertise de la personne dans la relation thérapeutique. Le praticien apporte un cadre, une écoute clinique et des questions. La personne reste la mieux placée pour évaluer ce qui résonne dans son histoire, ce qui lui paraît juste et ce qu’elle souhaite voir évoluer.

Cette posture peut convenir aux personnes qui se sentent culpabilisées ou enfermées dans une étiquette. Elle ne minimise pas les difficultés et n’écarte pas la souffrance. Elle évite plutôt une lecture uniquement déficitaire. Le thérapeute s’intéresse aux effets du problème, mais aussi aux réponses déjà apportées, même lorsqu’elles semblent modestes ou incomplètes.

Les pratiques narratives peuvent inclure des supports écrits, comme une lettre thérapeutique ou un document retraçant une découverte importante. Un échange avec des proches choisis comme témoins d’un changement peut également être proposé. L’objectif est d’épaissir une histoire alternative en la reliant à des faits, à des relations significatives et à des projets réalistes.

Pour quelles situations et avec quelles précautions ?

Cette approche peut être envisagée dans des accompagnements individuels, de couple ou familiaux. Elle est notamment utilisée face à des difficultés relationnelles, au deuil, à l’anxiété, aux dépendances, aux troubles alimentaires, aux expériences traumatiques ou aux conséquences de violences. Elle peut aussi nourrir le travail social, l’éducation et certains accompagnements collectifs.

Elle n’est toutefois ni un remède universel ni un substitut à une prise en charge médicale ou psychiatrique lorsque celle-ci est nécessaire. En cas de danger immédiat, d’idées suicidaires, de crise aiguë, de violences en cours ou de symptômes sévères, il faut contacter sans délai les services d’urgence, un médecin ou un professionnel de santé mentale compétent.

Cadre Finalité principale Place du problème
Thérapie narrative Travailler la souffrance, l’identité et les relations dans un cadre thérapeutique Le problème est séparé de la personne et exploré dans son contexte
Pratiques narratives Utiliser des outils narratifs en travail social, dans l’éducation ou en collectif Les outils peuvent être employés hors psychothérapie
Coaching Clarifier un objectif et soutenir une évolution professionnelle ou personnelle Le coaching ne remplace pas un soin psychologique ou psychiatrique

Pour choisir un praticien, il est utile de demander sa formation, son expérience avec la problématique concernée, son cadre de consultation et sa manière d’articuler l’approche narrative avec d’autres soins si nécessaire. Les ressources du Dulwich Centre, associé à l’histoire des pratiques narratives, permettent aussi d’approfondir cette orientation.

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